Où va-nous ?
Chroniques du molletisme ambiant (1)
Le mardi 7 juillet, le Conseil d’administration de l’Université de Nantes a donc voté à une nette majorité le passage aux « compétences élargies », régime le plus « avancé » prévu par la LRU votée durant l’été 2007.
Au 1er janvier prochain, l’Université de Nantes figurera donc parmi les bonnes élèves, ie parmi celles de ces universités qui auront décidé de jouer pleinement le jeu d’une autonomie concurrentielle.
Cette décision supposerait en elle-même de nombreux commentaires. Ainsi, on peut s’étonner par exemple qu’un vote présenté comme si important n’ait fait l’objet d’aucune réelle délibération, d’aucun réel débat parmi les personnels, d’une information parcimonieuse et tardivement délivrée. On peut s’étonner que les informations circulant aujourd’hui, faute d’un débat transparent, laissent entendre que l’Université n’est en fait pas prête et que les couacs seront légion au 1er janvier.
Mais l’un des points les plus intéressants soulevés par ce vote est de toute évidence l’attitude des élus représentants les collectivités locales (Nantes métropole, Région pays de la Loire) qui ont donc apporté leur voix à cette initiative du président Lecointe.
On s’étonnera ici rapidement de la cohérence de ce vote, indicateur parmi d’autres, qui seront ici désormais chroniqués, de la déshérence intellectuelle, politique et stratégique du Parti socialiste. Comment qualifier autrement que de molletiste, en souvenir du regretté Guy Mollet, cette situation où, d’un côté, on nomme Bertrand Monthubert, ancien animateur de Sauvons la Recherche et de Sauvons l’Université au secrétariat national à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, et, à ce titre, relais de la protestation contre la LRU et contre les réformes récentes qui ont provoqué l’un des mouvements universitaires les plus longs de l’histoire récente ; tandis que, de l’autre côté, sur le terrain local, on se complaît à encourager « son » Université à appliquer le plus précocement la dite loi dans toute son ampleur.
Mais pensons-nous, le problème n’est pas seulement celui du molletisme, c’est-à-dire celui de la contradiction entre deux pratiques (nationale et locale) ou entre un discours et une pratique. Il est bien dans le discours lui-même qui préside désormais aux décisions locales, dont certains aimeraient nous faire croire qu’elles sont le socle d’un socialisme renouvelé, puisque c’est dans l’expérience locale que se trouveraient les raisons d’espérer dans un sursaut ou une refondation, puisque c’est là, dans le contact direct et la proximité que se trouveraient les sources d’un authentique socialisme débarrassé des querelles d’egos et des combats éléphantesques. Il y a plutôt nous semble-t-il à s’inquiéter qu’à se réjouir. Car le discours local qui a présidé à cette décision et à ce vote n’est ni plus ni moins que le discours qui a présidé aux réformes nationales. Il est essentiel que l’Université de Nantes ne soit pas en retard sur les autres. Il faut rester dans la course. Il faut aller de l’avant. Vers où ? Vers quoi ? Vers quelle ligne d’arrivée supposée ? Pour quels bienfaits ? Mystère. On se doute bien que du côté des collectivités locales, la perspective d’une plus grande maîtrise sur l’Université n’est pas pour rien dans ce vote. Mais le débat n’aura même pas porté sur ce point , comme si les représentants des collectivités savaient que l’idée d’une régionalisation n’est pas encore mûre, et qu’il fallait donc être discret sur ce point. Dommage, car cela aurait au moins permis que l’on pose quelques questions : avec quels moyens, et à quel hauteur les régions sont-elles prêtes à s’engager ? Sur la base de quelles ressources ? Avec quelle pérennité ? Pour quel projet ?
En pratique, et ce vote l’atteste, les socialistes sont dans une impasse. Il nous semble voir dans cette micro-décision l’une des illustrations d’un phénomène plus général qui menace à terme les socialistes, non plus seulement au niveau national (cela, cela fait quelque temps déjà), mais aussi à terme au niveau local : l’acceptation sans réflexion aucune du nouveau mode de gouvernementalité initiée par les gouvernements de droite depuis le début des années 2000 et que notre collègue Renaud Epstein a si clairement défini sous l’expression de « gouvernement à distance ». Les gouvernements socialistes locaux, reprenant in fine à leur compte les arguments ministériels, endossant le discours de la compétition et de la concurrence généralisée entre les territoires, via la question universitaire, sont en train tout simplement de creuser leur propre tombe.
Je ne suis pas sûr qu’il faille voir dans le fait que les Verts soient passés aux élections européennes devant les socialistes dans de nombreuses métropoles de l’Ouest une confirmation de ce pressentiment, mais on aurait quand même pu penser qu’ils y verraient, eux, un motif légitime d’interrogation voire d’inquiétude. Et que, éventuellement, ils en tireraient des conséquences, par exemple, en faisant le choix de l’abstention, voire de l’opposition, ou en exigeant tout simplement que le débat soit largement mené au sein même de l’Université avant toute décision hâtive (ce qui leur aurait permis de noter à quel point cette décision est rejetée par la majorité des personnels de l’Université). Mais non. Il faudra quand même qu’ils se rendent compte qu’en tenant des argumentaires si proches des argumentaires ministériels, en se faisant les relais sinon les complices de ces politiques qui ont pourtant suscité il y a à peine quelques semaines un mécontentement général et durable, ils risquent tout simplement de creuser un peu plus la distance qui commence à les séparer de certains de leurs électeurs.
Goulven Boudic
le 8 juillet 2009
On croirait relire là “Jacques Généreux : pourquoi je quitte le parti socialiste”
Il est frappant d’observer ces mécanismes d’autonomie qui révèlent des personnels plus conformes et obéissants qu’avant l’autonomie ! La culture de l’évaluation, les critères d’évaluation, l’évaluation de l’agence d’évaluation,… une course folle…
Quoiqu’au PS moi-même, j’ai une très grande difficulté à obtenir du parti socialiste une esquisse de programme 2012-2017 (même par interrogation directe de Bertrand Monthubert ou de nos élus locaux en charge des ces questions). Isabelle This Saint-Jean m’a répondu “il faut que le PS travaille”.
“Une autonomie oui, mais une autonomie autrement…” Les propos vagues de gens compétents sont parmi les choses les plus inquiétantes qui soit. Je n’ai toujours pas compris la position du PS sur les frais d’inscription universitaire à long terme.
Si le PS n’est pas très clair sur sa position et son programme 2012-2017, je finirai par penser, avec nombre de collègues, qu’il se réjouit en interne que la droite fasse le sale boulot. Peut-être suis-je un pessimiste cynique, mais les militants doivent mettre les responsables au pied du mur.
un collègue de l’université de nantes…